Les réponses à vos questions sur l’intelligence émotionnelle

Publié par Bernard Guévorts le

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L’intelligence émotionnelle (IE) est de plus en plus d’actualité dans le cadre des entreprises et commence à être reconnue comme un ensemble de compétences indispensables pour l’expression du leadershipBeaucoup de managers en sont encore dépourvus. Ils ne comprennent pas toujours son utilité dans l’efficacité du management et la performance de l’entreprise.

L’objectif de cet article est de répondre aux questions que vous vous posez sur l’intelligence émotionnelle et les notions annexes.

Le glossaire de l’intelligence émotionnelle : les questions que vous vous posez sur l’IE

La finalité des articles glossaires est de faire le point sur une thématique en y apportant des éléments synthétiques, des schémas, des tableaux, mind-mapping, vidéos et aussi des liens vers d’autres articles sur le sujet. Je vous invite à voir l’article introductif des glossaires. Il en explique la philosophie et les aspects pratiques. 

Si vous ne trouvez pas la réponse à votre question sur l’intelligence émotionnelle, laissez-là en commentaire et j’y apporterai une réponse au plus vite. Cet article est donc destiné à évoluer dans le futur.

Le concept d’IE et son historique

L’idée d’une intelligence qui va au-delà des aspects purement rationnels (QI) remonte très loin dans l’histoire humaine. Mon but n’est pas d’en faire la recherche exhaustive et de tous les citer, (vous trouverez dans cet article plus de détails), mais de vous donner les jalons récents les plus marquants.

A la lecture des livres de philosophie antique, on peut dire que le principe de l’intelligence émotionnelle fait partie des enseignements des sages anciens. Aristote dans son « Ethique à Nicomaque » ne fait rien d’autre que d’enseigner comment bien se comporter.

Mais beaucoup de ces enseignements anciens ont été oubliés avec la percée du monde rationnel et celui de la science triomphante…

« Aucun homme n’est intelligent par essence. C’est en s’assemblant aux autres qu’il devient plus intelligent que le plus intelligent d’entre eux. » Aristote

Salovey & Mayer

Les premiers à avoir parlé officiellement d’intelligence émotionnelle sont Peter Salovey (Yale University) et John D. Mayer (University of New Hampshire) en 1990. Ce sont à l’époque des chercheurs universitaires et ils publient ensemble un article « Emotional intelligence » dans la revue « Imagination, Cognition and Personality ».

D’emblée dans leur introduction, ils mettent en évidence la possible incohérence et l’antagonisme entre intelligence et émotions. Celles-ci sont en effet décrites jusque-là par certains comme désorganisées, chaotiques, interrompant nos processus mentaux et devant être contrôlées… D’autres les voient comme des réponses organisées, comme des forces de motivation qui poussent à l’action.

Nous constatons d’emblée le côté « révolutionnaire » de cet article.

We define emotional intelligence as the subset of social intelligence that involves the ability to monitor one’s own and others’ feelings and emotions, to discriminate among them and to use this information to guide one’s thinking and actions. Salovey & Mayer

Ils définissent donc l’intelligence émotionnelle comme « une forme d’intelligence qui suppose la capacité à contrôler ses sentiments et émotions et ceux des autres, à faire la distinction entre eux et à utiliser cette information pour orienter ses pensées et ses actions ».

Ils donnent dans cet article les bases de l’IE avec un premier modèle incluant trois processus mentaux : évaluer et exprimer les émotions (les siennes et celles des autres), être capable de les réguler et savoir les utiliser pour faciliter les processus cognitifs. On peut voir leur représentation sur ce schéma adapté de leur publication originale.

Modèle de Salovey et Mayer de l'intelligence émotionnelle

Daniel Goleman

Daniel Goleman, alors reporter scientifique pour le New York Times, explique qu’il a été électrifié par ce concept nouveau. Il en a fait le titre de son livre, Emotional intelligence, en 1995. Ce n’est pas lui l’inventeur du concept mais il l’a vulgarisé mondialement et y a également contribué par des apports de recherche. Il a proposé un modèle qu’il a revu à plusieurs reprises pour arriver à plus de 20 compétences mesurables. En 2001, il décrit une version basée sur 4 piliers où il décrit les compétences de l’IE. Ce sont les élément repris de son livre « l’IE Tome 2 » que je reprends dans l’article « Quelles sont les compétences de l’intelligence émotionnelle ».

Daniel Goleman développe quatre concepts principaux dans son modèle. Ce sont les échelons à conquérir. (Voir les compétences plus bas dans l’article).

  • Le premier, la conscience de soi, est la capacité à comprendre ses émotions, à reconnaître leur influence à les utiliser pour guider nos décisions.
  • Le deuxième concept, la maîtrise de soi, consiste à maîtriser ses émotions et impulsions et à s’adapter à l’évolution de la situation.
  • Le troisième concept, celui de la conscience sociale, englobe la capacité à détecter et à comprendre les émotions d’autrui et à y réagir.
  • Enfin, la gestion des relations, qui est le quatrième concept, correspond à la capacité à inspirer et à influencer les autres tout en favorisant leur développement et à gérer les conflits (Goleman, 1998).

Il existe donc plusieurs modèles et définitions de l’IE, mais qui convergent tous vers les mêmes types de compétences. Voir cet article pour plus de détails sur trois modèles (Salovey & Mayer, Goleman, Bar-On R.). Ces modèles ont également développé des outils qui permettent de mesurer l’IE grâce à des tests.

Le vocabulaire émotionnel

Besoins

La notion de besoins est importante en intelligence émotionnelle car une émotions est toujours en rapport avec un besoinSi l’émotion est désagréable, cela veut dire qu’un besoin n’a pas été satisfait. Au contraire quand nous somme joyeux, c’est que nous satisfaisons à un ou plusieurs besoins… Le besoin précis n’est pas toujours évident. Le déclencheur peut l’être mais que cache t’il ?

Le travail de connaissance de soi va consister à rechercher le besoin derrière l’émotion, pour pouvoir éventuellement modifier ce besoin, ou tout au moins le faire dépendre de nous plutôt que des circonstances. Je vous propose la lecture de l’article “Quel est le rapport entre besoins et émotions ?” qui reprend cela en détail.

Les besoins ont été classés de manières différentes selon les auteurs. Dans l’article “le leadership et la motivation”, je vous parle des besoins liés aux théories de la motivation. Ci-dessous, dans le cadre de l’intelligence émotionnelle voici une liste de besoins inspirés par Ilios Kotsou.

 Les 7 catégories de besoins

Cognition

Désigne dans un sens général ce qui est lié à la pensée, l’esprit, l’intelligence, les opérations mentales.

Conscience

Bon nombre d’activités du cerveau se font en totale inconscience et automatiquement. Les neuroscientifiques ne peuvent localiser précisément la conscience dans le cerveau. Ils parlent d’un Espace neuronal de travail conscient (ENTC) dans lequel le lobe préfrontal est très impliqué. Il s’agit de neurones à axones assez longs, qui sont connectés à l’ensemble du cerveau et aux différents lobes.

C’est la concentration qui permet de passer de l’état inconscient à l’état conscient. C’est une fonction essentielle du lobe préfrontal. Il est considéré comme le chef d’orchestre, l’administrateur central (Houdé).

Émotions

Les émotions sont des signaux que nous envoie notre « cerveau » pour nous pousser à l’action, pourrait-on dire. 

Les émotions ne sont ni négatives, ni positives… Certaines peuvent être très désagréables et avoir un impact important dans nos relations interpersonnelles. Il est donc essentiel de pouvoir les anticiper et les réguler…

Les émotions sont reliées à des marqueurs somatiques (voir aussi ci-dessous).

Damasio en donne une définition en plusieurs étapes dans son livre « Spinoza avait raison ». La voici de manière synthétique :

  1. Une émotion est une collection de réponses chimiques et neurales formant une structure distinctive.
  2. Ces réponses sont provoquées par un stimulus émotionnellement compétent (SEC), détecté par notre cerveau. La réponse est automatique.
  3. Le cerveau est préparé à répondre aux SEC, mais pas à tous. Il y a apprentissage avec les expériences vécues.
  4. Le résultat de la réponse est un changement dans l’état du corps et les structures cérébrales.
  5. Le résultat final est de placer l’organisme dans des conditions favorables à la survie et au bien-être (homéostasie).
Le parcours du stimulus à l'émotion

Le parcours du stimulus à l’émotion illustré pour la peur. Schéma adapté de Damasio.

Empathie

« C’est l’aptitude à ressentir ce que pensent les autres sans qu’ils aient besoin de le dire qui définit l’essence de l’empathie. » Daniel Goleman Cliquez pour tweeter

C’est l’aptitude à se mettre à la place des autres. Cette capacité serait liée à l’existence de réseaux de neurones qui depuis la naissance fonctionnent dans la découverte des autres. Le bébé qui imite, active les mêmes zones neuronales que ce qui est imité… On parle aussi de neurones miroirs.

Humeur

C’est un état émotionnel diffus, différent d’une émotion, qui est plus précis et lié à un déclencheur. L’humeur est cependant liée aux émotions. Elle peut favoriser l’apparition des émotions. De mauvaise humeur et irritable, nous tombons plus vite dans la colère.

L’humeur est liée aux tempéraments et aux personnalités. Certains sont plus optimistes ou pessimistes et cela va influencer l’humeur : bonne ou mauvaise humeur…

Certaines pathologies, comme la dépression, l’anxiété, et d’autres sont appelés troubles de l’humeur.

Marqueurs somatiques

Ce sont des « images » qui se forment dans le cerveau et sont mémorisées sous forme de connexions. Elles sont en rapport avec des expériences (agréables ou désagréables) qui ont été vécues depuis l’enfance. Ce sont donc des marqueurs de référence en rapport avec le système biologique de l’homéostasie.

Ces marqueurs somatiques sont intégrés au Cortex préfrontal ventromédian et servent de guide pour les réactions automatiques (émotions) et les prises de décisions (Houdé).

Neurones et neuroplasticité

Les neurones sont les cellules de notre systèmes nerveux. Ce sont les réseaux de neurones et leur connexions qui permettent toute notre activité cérébrale consciente et inconsciente.

Nous avons environ 90-100 milliards de neurones et 1 million de milliards de connexions.

Il est important de savoir que les réseaux neuronaux sont flexibles. Ils peuvent disparaître s’ils ne sont pas utilisés. Au contraire, nous pouvons aussi recréer de nouvelles connexions à tout âge. C’est la base de l’apprentissage et de la mémorisation.

A plusieurs reprises dans cet article, nous parlons de possibilités de développer certaines compétences émotionnelles en développant certaines zones cérébrales. Cela revient à dire que nous pouvons créer de nouvelles connexions et les utiliser pour fixer l’apprentissage.

Une nouvelle habitude ne sera fixée que si le réseau neuronal est assez solide.

Mind mapping de l'apprentissage et sa relation avec le système nerveux

Mind mapping de l’apprentissage et de sa relation avec le système nerveux et nos trois plans fonctionnels

Perception

C’est à la fois la sensibilité au monde extérieur (à travers les organes de sens) et le filtrage et l’interprétation des informations.

Il y a trois niveaux de traitement :

  • Le niveau sensoriel : les signaux captés par les organes des sens.
  • Le niveau perceptif : mise en ordre de l’information.
  • Le niveau cognitif : mettre un sens, un jugement.

Nous ne percevons pas tous la même chose vis-à-vis d’une même réalité.

Perception de la jeune ou vieille dame

Que voyez-vous ? Jeune dame ou vieille dame ? ou les deux ? Illustration de la perception

Ce n’est pas logique… c’est psychologique ! 

Le cerveau va utiliser ses mémoires et le traitement de l’information dépendra de nos antécédents, de nos marqueurs somatiques, de nos croyances et apprentissages… C’est un des concepts-clés de la psychologie et la perception intervient beaucoup dans les relations interpersonnelles. Il est important de questionner nos perceptions et celles des autres.

Sentiments

Souvent, les émotions et les sentiments sont considérés comme similaires. Damasio a écrit un livre entier (Spinoza avait raison) où il explique les différences et où il développe sa théorie des sentiments issus des émotions.

Pour lui, les émotions se présentent sur le théâtre du corps ; les sentiments sur celui de l’esprit. Ils sont intimement liés. Le sentiment est la prolongation mentale de l’action émotionnelle sur le corps. Ils surviennent de 2 à 20 secondes après l’émotion.

L’émotion est très visible sur le corps, l’expression faciale, etc. alors que le sentiment est invisible et mental.

Les sentiments sont en rapport pour lui aux régions somatosensorielles (cartes ou marqueurs somatiques. Ce sont des « images » internes reliées aux états du corps. Cela implique d’avoir une conscience de soi, une capacité à représenter ce corps en son sein même. Cela devient des images mentales.

De l’émotion qui est une réponse chimique et neuronale, on passe au sentiment qui implique une représentation mentale des états du corps, associés à une situation. Les sentiments dépendent des cartes construites. Les cartes associées à la joie signifient des états d’équilibre. Cela donne une plus grande aisance pour agir. Au contraire, les cartes associées à la tristesse sont associées à des états de déséquilibre et réduisent l’aisance à l’action.

La joie et la tristesse, ainsi que d’autres sentiments sont des idées du corps qui s’efforcent de manœuvrer pour atteindre des états de survie optimale. Damasio Antonio Cliquez pour tweeter

Damasio nous montre aussi que nous sommes capables de produire de fausses cartes pour favoriser la réponse aux situations. Par exemple, dans le cas de la douleur, lors d’une fuite ou attaque, il est utile de ne pas ressentir la douleur. Il y a donc construction d’interférences (fausse carte) avec la sensation réelle (de la douleur) et le ressenti. Le corps va alors produire des substances analgésiques (peptides opioïdes, endorphines et d’autres).

Schéma de Damasio sur le parcours qui va de l'émotion au sentiment

Schéma de Damasio sur le parcours qui va de l’émotion au sentiment. Nous pouvons modifier les cartes somatiques, pour adapter nos réponses

Damasio nous montre donc que nous avons la possibilité, par le travail mental (lié aux sentiments) de créer des cartes qui vont avoir un effet sur le corps et interférer avec les états du corps. C’est le principe de l’action mentale sur le corps.

Le cerveau peut stimuler des états internes émotionnels.

Il explique notamment dans le cas de l’empathie que le fait de voir ou d’entendre parler d’une situation, comme par exemple d’un accident grave peut provoquer des réactions internes et physiologiques. Il y a donc une stimulation interne à partir de cartes corporelles créées par le cerveau et ne correspondant pas à la situation réelle du corps. Cela à partir des neurones miroirs.

Il y a un rapport pensée-sentiment plus rapide que si le changement venait réellement du corps. Il parle de mécanismes quasi corporels.

Voici un extrait significatif (p. 143, éd. 2003) :

« Les contenus des sentiments sont les configurations de l’état du corps représentées dans les cartes somatosensorielles. Nous pouvons toutefois ajouter maintenant que les structures transitoires de l’état du corps changent vite sous l’influence mutuelle et en miroir du cerveau et du corps lorsque survient une occasion de sentiments. Surtout, la valeur positive ou négative des sentiments et leur intensité s’alignent sur la facilité ou la difficulté générales avec lesquelles sont traités les événements de vie. »

Cela montre clairement comment nous influençons nos sentiments et donc aussi notre capacité à influencer notre vécu intérieur. Cela passe par le préfrontal.

Comment activer le préfrontal

Activer le préfrontal en prenant du recul et en dialoguant avec soi-même

Tempéraments et caractères

Le tempérament peut être considéré comme la dimension affective et émotionnelle de la personnalité. Il apparaît très tôt dans la vie et est héréditaire mais modifiable par l’expérience (Kotsou).

La notion de tempérament est fortement liée à la notion de personnalité. La théorie d’Hippocrate fait référence à 4 types de tempéraments liés à des pathologies nerveuses.

  • Le tempérament nerveux (sec et froid).
  • Le tempérament bilieux (sec et chaud).
  • Le tempérament sanguin (humide et chaud).
  • Le tempérament lymphatique (humide et froid).
Lien entre les tempéraments de Hippocrate et le modèle Insights

Lien entre les tempéraments de Hippocrate et le modèle de personnalités Insights Discovery

Tempéraments et personnalités

Jacques Fradin et Frédéric Le Moullec nous parlent de 8 tempéraments (Manager selon les personnalités).

Les tempéraments sont associés à la personnalité primaire. Elle est en partie génétique et liée aux apprentissages des 3 premiers mois de la vie (épigenèse ou empreinte). Cette personnalité primaire induit des motivations permanentes et durables, peu dépendantes par la suite d’un résultat. C’est notre nature profonde.

Elle peut être très positive ou parfois négative selon l’apprentissage des premiers 3 mois. Les tempéraments sont installés dans les territoires néolimbiques du cerveau.

Par la suite, une personnalité secondaire apparaît (appelée caractère). Les caractères sont souvent vus de manière négative : sale caractère, caractériel, avoir du caractère, …

Le caractère s’acquiert à partir de l’expérience émotionnelle accumulée après les premiers mois (après l’empreinte) jusqu’à l’adolescence et même plus tard. Les motivations qui en découlent sont dépendantes du résultat.

Les échecs et difficultés vont avoir plus d’importance que les succès sur la création du caractère. Un seul échec peut avoir des conséquences importantes. La programmation de ces personnalités secondaires sera souvent négative (Fradin, Le Moullec).

Cohabitent donc en nous un coté plutôt positif et motivé lié à la personnalité primaire et un aspect souvent plus négatif, plus instinctif, lié au caractère (personnalité secondaire). La personnalité secondaire aura tendance à s’installer en première place et il faudra donc veiller à réveiller les éléments plus stables et durables de nos motivations profondes.

Je simplifie beaucoup pour la compréhension de base. C’est beaucoup plus complexe que cela. Je vous renvoie au livre de Fradin et Le Moullec.

Le cerveau et les émotions

Dans l’article « A quoi servent les émotions ? », je vous donne des éléments sur la relation émotions-cerveau avec divers schémas.

Plusieurs parties du cerveau interviennent dans les émotions et elles diffèrent selon les types d’émotions.

Cerveau gauche ou cerveau droit ?

Même si ce mythe du cerveau gauche ou droit est un peu dépassé il est clair que le cerveau est latéralisé, c’est-à-dire que les deux hémisphères ne font pas la même chose.

Diverses fonctions sont plutôt du côté du lobe droit ou du lobe gauche. Le magazine Cerveau & Psycho de juin 2019, reprend une belle carte que des chercheurs (Karolis et al.) ont dressée sur la répartition des différentes fonctions entre le côté droit et le côté gauche. Les chercheurs ont constaté que les fonctions latéralisées sont de quatre types : les fonctions de communication symbolique (comme la lecture, le calcul), de perception et d’action (entendre, voir, agir), d’émotion et de prise de décision.

En ce qui concerne les émotions, la détection des émotions sur les expressions faciales, la régulation des interactions sociales ou les ressentis de peur se retrouvent vers la droite. La prise de décision est dans le lobe frontal droit.

Cerveau et profils émotionnels

Assez récemment, Richard Davidson, un spécialiste des neurosciences et de l’étude des émotions, a mis en évidence 6 styles émotionnels qui se retrouveraient chez les êtres humains. Selon lui, voici les six dimensions : la résilience, l’intuition sociale, la conscience de soi, la perspective (la tendance à éprouver des émotions positives ou négatives), la sensibilité au contexte et l’attention.

Chaque style donne donc une manière de voir le monde et d’y réagir. Cela fait penser bien sûr à d’autres modèles de personnalités.

Ce qui est intéressant c’est que ces 6 styles sont en rapport avec des zones du cerveau qui seraient donc plus développées chez certaines personnes. Les modèles habituels sont basés sur l’observation du comportement. Ici nous partons du cerveau lui-même.

Il semble donc qu’en fonction de notre patrimoine génétique mais ensuite de nos expériences d’apprentissage vis-à-vis de l’environnement, nous ayons plus développé certaines zones du cerveau par rapport à d’autres (cela est à mettre en rapport avec les éléments vus ci-dessus sur les personnalités primaires et secondaires). Cet état de chose n’est pas figé car le cerveau est flexible et il est possible de développer une zone cérébrale en pratiquant certains exercices (à mettre en rapport avec les créations de cartes corporelles de Damasio, ci-dessus). Davidson propose cela dans son livre (R. Davidson, Les Profils émotionnels, Les Arènes, 2018).

L’amygdale

C’est la sentinelle du cerveau. Elle filtre l’information venant de nos 5 sens et la compare à sa « banque de données émotionnelles » pour détecter une menace éventuelle. Elle a une mémoire d’expériences antérieures et d’émotions associées. Cela lui permet de lancer très rapidement (12 millisecondes) une réponse à un danger suspecté. Elle est la source de l’instinct.

Le système limbique

Siège de nombreuses émotions et impliqué dans les relations interpersonnelles, il fonctionne en mode inconscient.

Le cerveau préfrontal

Il a un rôle important dans la régulation des émotions. Il peut contrôler de manière consciente tout le cerveau. C’est lui qui doit être activé (« allumé ») pour augmenter notre intelligence émotionnelle (voir l’article sur le stress et les modes mentaux).

4 cerveaux selon Fradin et 3 modes mentaux

Les 4 territoires du cerveaux selon Fradin et 3 les modes mentaux.

Le préfrontal est très impliqué dans les 6 styles émotionnels dont nous avons parlé ci-dessous. Par son rôle régulateur, il va être très présent dans certains profils. Comme dans le style résilience, où il va directement contrôler et modérer le rôle de l’amygdale. Le préfrontal est très impliqué dans tout ce qui concerne la concentration sur les tâches, l’adaptation au contexte, etc. Il est le chef d’orchestre de notre mode conscient. Son activité varie d’un facteur 30 entre les individus (C&P 111, 06/2019).

Il est donc important de pouvoir développer l’activité du préfrontal ! (voir aussi ci-dessous)

Les modes mentaux

Jacques Fradin, dans son livre « L’intelligence du stress » a développé une approche du cerveau en modes mentaux. Ce sont des éléments que j’ai repris dans cet article sur la cascade du stress.

Voici quelques éléments synthétiques

 Les modes mentaux de Fradin

Comparaison entre le mode automatique et le mode préfrontal

Comparaison entre le mode automatique et le mode préfrontal

Les émotions

Son étymologie (exmovere, emovere), veut dire que cela nous met en mouvement. Une émotion va nous poussez à faire quelque chose.

Pour plus de détails, voir article « A quoi servent les émotions ? »

Damasio classe les émotions en trois types : les émotions d’arrière-plan, les émotions primaires et les émotions sociales.

Les émotions d’arrière-plan

Elles sont assez peu détectables mais peuvent quand même être perçues si nous sommes très attentifs à nos échanges avec les autres. C’est un fond d’enthousiasme, de découragement ou de l’énervement, ou du calme…

Damasio parle d’état d’être… C’est ce à quoi nous faisons référence quand on nous demande comment allez-vous ?

Elles sont le résultat de plusieurs processus de régulation, dit-il. C’est peu précis et en constant mouvement selon les situations et nos réponses. Il différencie ces émotions de l’humeur qui sont plus associées à une émotion qui dure longtemps ou qui est souvent répétée.

Les émotions primaires

Elles sont liées à notre survie et à nos mécanismes de défense liés au cerveau reptilien (bulbe). Cela se passe en automatique inconscient. Les émotions de base classiques sont : la peur, la colère, le dégoût, la surprise, la tristesse, la joie. Paul Ekman y a ajouté le mépris. Pour ces thématiques, voir le chapitre « Expressions faciales des émotions » ci-dessous.

Les émotions sociales

Elles sont liées à nos interactions avec les autres. Elles sont plus complexes et en relation avec notre cerveau limbique (ou territoires limbiques). Ce sont la honte, la culpabilité, l’embarras, l’indignation, la gratitude, le mépris, l’orgueil, etc.

Les expressions faciales des émotions

L’étude des émotions a commencé par l’étude de l’expression faciale des émotions. Darwin en a été un des précurseurs et Paul Ekman est le plus connu des chercheurs modernes.

J’ai traité cette thématique dans le détail dans divers articles que vous pouvez trouver en liens ci-dessous.

Vous trouverez ci-dessous un mind mapping synthétique des 7 émotions de base et les éléments pour les identifier. Vous pouvez aussi le télécharger en pdf.

Les 7 émotions de base de Paul Ekman

Les 7 émotions de base de Paul Ekman avec les éléments clés de détections. Voir les articles détaillés.

Les compétences de l’intelligence émotionnelle

Les compétences liées à l’intelligence émotionnelle sont nombreuses. Elles sont aussi variables selon les modèles utilisés et parfois un peu vagues. Nous avons décrit les compétences de l’IE à partir du livre « Intelligence émotionnelle T2 » de Daniel Goleman et d’autres sources. Nous vous invitons à lire cet article assez détaillé qui reprend les compétences du mind-mapping ci-dessous.

 Les compétences de l'intelligence émotionnelle d'après Goleman

Voici une vision plus synthétique des compétences globales proposée par Ilios Kotsou.

 Les compétences de l'intelligence émotionnelle vues par Ilios Kotsou

La conscience de soi

« Les patrons qui ont échoué possédaient presque toujours un QI et une expertise technique élevée. Leur carence fatale était toujours émotionnelle : ils se montraient arrogants, trop sûrs de leur puissance intellectuelle. » Daniel Goleman Cliquez pour tweeter

Cela illustre très bien la lacune importante que peut représenter l’absence de conscience émotionnelle.

Cela est également souvent à la base du principe de Peter, quand des personnes brillantes techniquement sont promues à des postes où elles doivent gérer des personnes et où les compétences pour cela sont très faibles ou inexistantes.

Daniel Goleman, dans son livre « IE T2 », illustre bien par de nombreux exemples et des études que, lorsque la conscience émotionnelle personnelle n’est pas présente, cela a des conséquences importantes dans les relations interpersonnelles. On peut dire que la personne se conduit en aveugle. Comme si nous prenions le volant et regardions la route avec une petite ouverture seulement.

Cela donne des difficultés relationnelles importantes, des échecs professionnels ou dans les relations de couple. 

Mind mapping sur le manque de conscience de soi

Ce que le manque de conscience de soi peut entraîner… Lire l’article pour en savoir plus.

Extraits illustratifs tirés du livre de Daniel Goleman (IE T2) :

  • « Il est très intelligent, c’est un fin stratège mais il est brutal, il rabaisse les autres pour se prouver qu’il leur est supérieur. »
  • « Ce n’était pas un bon chef d’équipe, il n’était pas particulièrement aimable. Il se montrait souvent brutal et acerbe. Il avait des rapports maladroits avec ses collaborateurs. »

Bibliographie

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Bernard Guévorts

Apporteur de confiance et éveilleur de leadership. Formateur international en relations interpersonnelles, leadership, développement personnel, prise de parole, formation de formateurs et relation clients. Je suis belge et je vis actuellement au Cameroun la plupart du temps.

4 commentaires

pierrefavrebocquet · 10 décembre 2019 à 16 h 01 min

Un article très intéressant. J’aime le coté complémentaire de l’intelligece émotionnelle à la compétence technique. La citation est très pertinente.
Les 4 tempéraments sont un outils très utile pour avoir une première idée “du pourquoi de la réaction d’une personne” et pour pouvoir prendre les gens “comme ils sont”.

    Bernard Guévorts · 10 décembre 2019 à 16 h 08 min

    Merci Pierre Favre
    L’intelligence émotionnelle est très riche et beaucoup de connaissances peuvent s’y rattacher et la compléter.
    Les neurosciences vont encore évoluer et nous donner d’autres ressources.
    Bien à toi

olivia lipman · 11 mai 2020 à 9 h 24 min

Encore une fois bravo pour vos articles clairs, très intéressants et sérieux

    Bernard Guévorts · 11 mai 2020 à 10 h 48 min

    Merci beaucoup Olivia !
    Cela m’encourage à poursuivre.
    Bien à vous

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