La crise comme révélateur de la conscience sociale (IE)

Publié par Bernard Guévorts le

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Durant cette crise du Covid-19, nombreux sont frappés par des comportements qui sont totalement insouciants. Des personnes qui semblent inconscientes du danger pour elles et pour les autres et/ou qui se considèrent comme non concernées.

Et peut-être d’ailleurs que nous-mêmes avons certains comportements qui sont jugés négativement par les autres ?

Pour mieux comprendre cela, je voudrais revenir à l’intelligence émotionnelle (IE) et ses compétences.

Nous ne sommes pas tous aussi compétents dans ce domaine, et on peut même dire que certains sont très peu intelligents émotionnellement. Ce qui n’enlève rien à leur intelligence cognitive qui peut être très élevée. Il s’agit d’un équilibre à atteindre.

« Harry a été promu dans l’équipe dirigeante d’une grande entreprise industrielle avec la réputation d’un redoutable coupeur de têtes à cause des multiples restructurations et dégraissages qu’il avait déjà orchestrés dans le passé.

Il ne souriait jamais et avait toujours l’air renfrogné. Il était toujours impatient et se mettait facilement en colère quand on lui apportait de mauvaises nouvelles.

Il agressait ses interlocuteurs et les gens ont cessé de lui dire les choses franchement.

Il ne se rendait même pas compte qu’il les effrayait.

Son attitude bourrue et intimidante avait été très utile quand il était un virtuose du licenciement mais elle était devenue un handicap.

On demanda alors à Catherine Williams, coach de dirigeants, de l’accompagner et de voir dans quelle mesure elle pouvait l’aider à changer ses comportements.

Elle l’observa donc quand il était avec ses collaborateurs et elle l’a filmé.

Elle lui montra ensuite la bande-vidéo de ses interactions et l’effet que son expression figée et glaciale avait sur les gens.

Ça a été une révélation !

Quand il a compris comment il était perçu, il en a eu les larmes aux yeux. »

Et vous ? Avez-vous conscience des émotions que vous suscitez ?

Manque d’intelligence émotionnelle

Le manque d’IE est un gros inconvénient dans l’expression du leadership. C’est une situation que j’ai déjà décrite pour certaines typologies psychologiques de managers de haut niveau (voir article Le manque de leadership, chaînon manquent du management).

Il est important de nous rendre compte de la manière dont nous nous comportons et être capable de se remettre en question. Ce n’est jamais facile, en particulier justement parce que la conscience de soi fait parfois défaut. Voir ci-dessous les comportements que cela induit.

Les comportements du manque de conscience de soi et des autres

La prise de conscience est essentielle, et si comme Harry, ci-dessus, nous nous rendons compte de nos comportements non adaptés, il ne sert à rien de se culpabiliser ni de se morfondre. Au contraire, c’est l’occasion de progresser.

L’erreur est source d’apprentissage pour autant qu’elle soit mise en évidence…

Nous savons qu’apprendre, c’est se tromper et s’en rendre compte.

Blâmer, juger, pester contre ceux qui se trompent, c’est les empêcher de progresser, de s’améliorer. Il est plus intéressant de les aider à prendre conscience, par un bon feedback, de l’impact de leur comportement. Cela sans les amener dans une position de défense liée à l’instinct (voir notre article 4 approches pour donner de bons feedbacks).

Les briques du feedback efficace

Les éléments (variables) pour faire un feedback positif ou correcteur.

Si nous ne prenons pas conscience de l’erreur, si nous n’acceptons pas l’erreur, nous n’apprenons pas…

L’outil de la fenêtre de Johari est ici intéressant à rappeler (revoir l’article Comment sommes nous perçus par nos interlocuteurs).

Il y a des choses que nous faisons dont nous n’avons pas conscience et que les autres voient… Ecoutons leur feedback et demandons aussi du feedback.

Fenêtre de JOHARI avec feedback

Fenêtre de JOHARI avec le feedback 

Les compétences de l’intelligence émotionnelle

Daniel Goleman nous a bien résumé les 4 piliers des compétences de l’intelligence émotionnelle, comme vous pouvez le voir dans le Mind-mapping ci-dessous. Je vous renvoie à l’article complet pour avoir tous les détails.

Les compétences de l'intelligence émotionnelle d'après Goleman

Pour comprendre les comportements non disciplinés et non appropriés que nous avons évoqué au début de l’article, il faut évoquer chez certaines personnes un manque de conscience sociale. C’est-à-dire, si on se réfère au schéma ci-dessus, une incapacité à comprendre certaines situations collectives et leurs impacts humains et sociétal. Cela réfère aussi à un manque d’empathie et de compréhension de la détresse des autres : les malades, le personnel soignant, etc. C’est aussi ne pas se rendre compte des risques que l’on fait prendre aux autres, parce que l’on est plutôt tourné vers soi.

Ce qui est aussi à constater, c’est que ces mêmes personnes, parmi lesquelles nous sommes peut-être, ne se rendent pas compte qu’elles-mêmes courent un risque, là aussi par incapacité à se projeter dans ce genre de situations. Les mécanismes de défense personnelle restent centrés sur soi-même. C’est un manque de conscience de soi !

Un manque de conscience de soi entraîne automatiquement une difficulté à avoir conscience des autres. Et vice-versa !

Les compétences de la conscience de soi et des autresCar, en effet, ces deux consciences se développent en interactions.

Ce sont les autres qui peuvent nous donner du feedback sur nous-mêmes. Et ce sont aussi les autres qui nous servent de modèles durant l’éducation.

  • Comment reconnaître les émotions chez les autres si on ne les reconnaît pas chez soi ?
  • Comment reconnaître les émotions chez soi si on ne les voit pas chez les autres ?

Donc, à nouveau, il ne sert à rien de blâmer les autres (ou se culpabiliser) … Il faut éduquer (il faut se développer) …

Cela devrait se faire dès l’école primaire (et heureusement cela se fait de plus en plus dans des approches pédagogiques encore trop isolées). 

Identifier les émotions

Reconnaître ses propres émotions, identifier celles des autres sont des compétences qu’il faut développerce n’est pas inné.

Les compétences de l'intelligence émotionnelle vues par Ilios Kotsou

Ou plutôt ce n’est pas inné chez tous. En effet, comme la plupart des compétences liées aux préférences psychologiques, nous partons avec un bagage à la naissance et ensuite l’éducation familiale, l’école, nos expériences de vies, vont nous aider à développer ces compétences et d’autres également.

Au contraire, certaines expériences vécues durant l’éducation peuvent induire des comportements plus protecteurs ou égocentrés et des croyances limitantes ou non adaptées à certains contextes sociaux.

Les neurosciences nous montrent que le cerveau de chacun va être modelé selon ses expériences et son éducation. Cela donne des points forts et des faiblesses, fixées dans les connexions de notre cerveau (voir les travaux récents de Richard Davidson).

Mais ce qu’il faut retenir absolument c’est que le cerveau continue à apprendre à tout âge !!!

Et donc, nous pouvons toujours développer ou corriger certains comportements si nous sommes ouverts à l’apprentissage.

C’est un domaine très complexe où beaucoup reste à découvrir, en particulier pour l’éducation la plus efficace et la plus précoce possible pour des relations interpersonnelles justes et équilibrées.

Intelligence émotionnelle et crise collective

Comment faire en situation de crise pour éviter des comportements inadaptés ?

Je crois que l’effort le plus important doit être axé sur la prise de conscience des risques.

Comment impacter la majorité à prendre conscience du collectif ?

Des images peuvent aider. Rappelons que la vision est l’outil du leader

Une vision (que le leader doit être capable de faire visualiser) donne la motivation pour suivre ce leader. Elle touche émotionnellement et fait agir.

La communication doit donc avoir un effet qui n’est pas seulement rationnel. Car les idées ne font pas bouger si elles ne sont pas « vues » et « vécues ». Il faut des émotions et de la motivation !

C’est justement l’erreur du management (quand il est privé de leadership) de rester dans un monde uniquement centré sur le rationnel, les objectifs, les résultats… Cela ne touche pas tout le monde.

Comment développer la conscience sociale ?

Pour développer la conscience sociale, il faut donc développer l’empathie, le sens du service, la compréhension du fonctionnement de l’organisation (de la société). Cela peut se faire notamment par le feedback dont nous avons parlé et situé ci-dessous.

Développer la conscience sociale

Cela fait-il partie des programmes scolaires ?  Non !

Les technocrates ne pensent pas à cela, car ils manquent de cette compétence la plupart du temps. Ils sont surtout rationnels.

Et ceux qui sont plus dans le relationnel (idéalistes humanistes) ne savent pas toujours convaincre les dirigeants rationnels car ils n’utilisent pas le langage adéquat pour eux.

On ne peut vendre à quelqu’un avec des arguments ou avantages qui nous sont propres. On vend à quelqu’un avec ce qui le touche lui !

Du rationnel et de l’émotionnel, mais selon les propres critères et besoins de celui à qui on s’adresse !

Le dialogue pour comprendre

Un bon moyen de développer l’empathie est d’apprendre à dialoguer de manière ouverte, c’est-à-dire dans une approche gagnant-gagnant. On dialogue pour trouver une solution commune. Pour cela, il faut comprendre l’autre et ses besoins et également exprimer nos besoins clairement. Si ce dialogue est bien fait, il peut faire des merveilles comme nous l’explique Stephen Covey.

La méthode qu’il propose est simple : Il faut comprendre l’autre, comme nous aimerions être compris.

L’idée est d’adopter le paradigme de gagner ensemble. Pourquoi toujours vouloir un gagnant et un perdant ? C’est complètement improductif sur le long terme. Et en particulier sur le plan collectif.

“Chercher à comprendre, avant de vous faire comprendre.” Stephen Covey.

« Chercher à comprendre, avant de vous faire comprendre. » Stephen Covey Cliquez pour tweeter

Le dialogue en pratique

Il faut donc partir sur les bénéfices mutuels et pour cela il faut dialoguer de manière très ouverte. C’est d’ailleurs l’approche de la négociation raisonnée de Harvard, basée sur les intérêts mutuels.

  1. En pratique, c’est dialoguer en posant des questions (surtout ouvertes au début) pour comprendre. Une écoute empathique est nécessaire.
  2. Ensuite, reformuler le point de vue de l’autre le plus précisément possible et lui demander si nous l’avons bien compris.
  3. Si ce n’est pas assez précis, l’autre nous redonne les éléments et nous reformulons à nouveau jusqu’à ce que l’autre se sente enfin parfaitement compris, et que vous avez bien résumé son point de vue.
  4. Ensuite, c’est à votre tour de vous exprimer et de vous faire comprendre. L’autre vous écoute et reformule jusqu’à ce que vous soyez sur qu’il exprime réellement votre point de vue.

Cet exercice permet de travailler véritablement une écoute empathique et synergique. C’est là où l’on permet une véritable compréhension et aussi une meilleure manière d’exprimer son point de vue. C’est une démarche similaire au coaching, mais dans les deux sens. C’est aussi une approche que l’on retrouve dans la communication non violente (CNV).

Cela permet donc de développer l’empathie dans le dialogue.

Au niveau collectif, l’empathie va beaucoup plus loin encore. Il faut comprendre des enjeux plus larges et des modes de vie parfois très différents. Cela demande du respect pour les autres et du courage. Il faut faire preuve d’humilité et reconnaître les différences de perceptions avec leur côté subjectif.

Je conviens que cela n’est pas facile et cela explique d’ailleurs la difficulté des groupes humains à vivre ensemble des idéaux communs.

Il y a sans cesse l’intérêt collectif qui s’oppose à l’intérêt individuel. Où placer le curseur ?

Image qui montre le curseur entre intérêts collectifs et individuels

« Ce qui n’est pas utile à l’essaim n’est pas utile à l’abeille non plus. » Marc Aurèle

« Ce qui n'est pas utile à l'essaim n'est pas utile à l'abeille non plus. » Marc Aurèle Cliquez pour tweeter

Comment développer la conscience de soi ?

La conscience de soi dans l’intelligence émotionnelle

Le travail sur la conscience de soi nécessite une observation et une écoute de soi. Nous avons développé cela dans notre article Comment avoir conscience de soi ?

L’introspection permet de prendre conscience de ce qui se passe dans notre corps, dans notre tête et au niveau de nos émotions et sentiments lors d‘une situation.

Le parcours de l'émotions

Que se passe-t’il lors d’une émotion ?

Je vous invite à pratiquer cette réflexion schématisée ci-dessus.  Pour chaque niveau identifier les éléments (sensations, pensées, envies de… etc).

Si cette réflexion devient plus fréquente et automatique, nous allons avoir une conscience plus rapide de nous-mêmes et cela va nous aider à anticiper et mieux nous maîtriser. Cela nous aidera aussi à mieux comprendre les autres et leurs émotions.

Toutes les compétences de l’intelligence émotionnelle sont reliées et s’auto-renforcent.

Quels sont les conséquences d’une crise mondiale sur l’IE ?

Des études américaines ont montré que la récession économique (de 2008-2010) a influencé la perception des étudiants éduqués durant cette période et changé leur vision et leur conscience sociale.

Pour Patricia Greenfield, professeure de psychologie à l’UCLA :

« Ces découvertes sont cohérentes avec ma théorie selon laquelle des ressources économiques plus faibles mènent à plus de préoccupations pour les autres et pour la communauté. C’est un changement dont la société a vraiment besoin. » (cf. communiqué de presse de l’UCLA).

Les conditions d’éducation et les crises de la société influencent clairement la perception et la prise de conscience.

Cette crise planétaire du Covid-19 va donc, à coup sûr, laisser des traces indélébiles.

Mais attention, cela peut aller dans des directions très différentes.

  • Soit on se dit que l’humanité a besoin de régimes forts, durs avec une discipline forte, et un contrôle total. Comme nous le voyons pour la Chine, la Russie, …
  • Soit, nous choisissons une société humaine qui met en avant l’éducation pour développer une conscience collective. Celle-ci sera développée pour faire face aux crises inévitables.

Finalement, c’est une question que l’humanité se pose depuis ses origines…

La bonne réponse n’a pas encore été trouvée semble-t-il !

Et vous ? Qu’en pensez-vous ?

Bibliographie


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Bernard Guévorts

Apporteur de confiance et éveilleur de leadership. Formateur international en relations interpersonnelles, leadership, développement personnel, prise de parole, formation de formateurs et relation clients. Je suis belge et je vis actuellement au Cameroun la plupart du temps.

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